CCEAE/CCGES-Université de Montréal
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Séjour de recherche de Dave Poitras

Dans le cadre de mon mémoire – intitulé Une sociologie du nationalisme vécu en Flandre – réalisé au Département de sociologie de l’Université de Montréal sous la direction de Barbara Thériault, je me suis rendu en Belgique. J’ai été accueilli à l’Institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles sous la direction de Claude Javeau du 20 janvier 2012 au 1er novembre 2012. Ce séjour, entre autres réalisé grâce à la Bourse du CCAEA, m’a permis d’améliorer mon néerlandais et pour ensuite réaliser une vingtaine d’entretiens, mener de nombreuses observations participantes et consulter de nombreux ouvrages qui auraient été difficiles de me procurer au Québec. Aussi, j’ai eu l’occasion de participer à un séminaire à l’Université de Stuttgart réalisé en collaboration avec le Centre canadien d’études allemandes et européennes dont le résultat sera la publication de mon premier article, « Mémoire, monuments commémoratifs et aménagement urbain : le cas de la Tour de l’Yser en Flandre », dans le numéro spécial d’Eurostudia : Paysages culturels de la modernité. Lors de mon retour à Montréal le 1er novembre, je finaliserai la rédaction de mon mémoire dont le dépôt est prévu pour le 20 décembre 2012. Mon étude visait à étudier la nation et les divers phénomènes s’y rattachant de façon originale. Contrairement à la plupart des écrits sur le sujet, l’objet de mon mémoire ne portait pas sur l’émergence de la nation ou sur les effets du nationalisme sur nos institutions politiques, mais plutôt sur le sens vécu des sentiments d’appartenances nationales et la façon dont ils peuvent être exprimés et expérimentés au quotidien en Flandre. Avec pour point d’entrée la mémoire familiale, mon projet visait à comprendre les points d’ancrage du sentiment d’appartenance national en Flandre, et ce sur deux générations. Pour ce faire, j’ai mené des entretiens et réalisé des observations participantes qui visaient à expliquer la façon dont les Flamands présentent leur appartenance nationale afin de comprendre comment ils se représentent et se construisent en tant que sujets nationaux.

En me détachant des discours politiques et historiographiques, des discours présents dans les sphères médiatiques et universitaires, j’ai réussi à observer le nationalisme d’une perspective qui a été peu explorée jusqu’à maintenant. Ce nationalisme au quotidien, ou le nationalisme vécu, n’est pas a priori une forme de nationalisme qui est nécessairement revendicatrice, ou même immédiatement perceptible, puisqu’elle est partie intégrante de la vie des individus. En revanche, elle fait en sorte qu’au jour le jour, les Flamands se construisent en tant que sujets nationaux, et ce à travers de multiples objets du quotidien tels que le parler, la représentation du territoire flamand, les rapports aux autres – Flamands, mais aussi Belges et autres nationalités – des valeurs et traditions.

D’ailleurs, et pour ne citer que quelques exemples, j’ai pu constater que les Flamands ne sont conscients d’eux-mêmes en tant que nation – au sens où une communauté peut être considérée comme une nation si elle est territorialement délimitée, qu’elle possède sa propre langue, ses propres lieux de mémoire et ses propres institutions politiques – qu’en évoquant leur appartenance à la Belgique, et que non seulement la nation flamande se retrouve au quotidien dans plusieurs objets, la relation qu’entretiennent les individus envers ceux-ci est fortement modifiée par le contexte social de chaque génération.

Cette expérience à l’étranger, mais surtout, la possibilité d’avoir pu y rester pendant près d’une année, m’a réellement permis de m’imprégner de mon terrain et de certains fragments de la vie quotidienne des Flamands. Les rencontres faites en Flandre, dont certaines ont mené aux entretiens que j’ai réalisés, n’auraient pu se concrétiser sans ce séjour, d’où l’utilité de ce voyage, d’autant plus que l’approche sur laquelle mon projet était basé nécessitait une étude empirique. De plus, le fait d’étudier le nationalisme à l’étranger, et non au Québec comme j’aurais très bien pu le faire, m’a permis de porter un regard plus neutre et plus distancié sur ce phénomène, dans la mesure où, en tant que chercheur provenant de l’extérieur de la Flandre, de la Belgique, mais étant tout de même familier avec cette dualité culturelle au sein d’un pays, j’ai pu observer des phénomènes et interpréter mes données d’une manière dont les citoyens locaux n’auraient sans aucun doute pu le faire, en ce sens qu’ils sont trop près de leur objet d’étude.

En guise de conclusion, pour tout futur participant intéressé à réaliser un séjour de recherche à l’étranger, la clé du succès de cette expérience se trouve essentiellement dans la préparation adéquate que vous en ferez, surtout si vous ne disposez que de quelques mois. Prendre contact, à l’avance, avec les bons professeurs et instituts qui vous permettront de mener à bien votre projet, trouver un endroit où loger avant votre arrivée, ce qui vous permettra d’optimiser votre temps une fois sur place, contacter des gens, si votre étude nécessite des participants, dès votre arrivée à l’étranger, où même avant s’il est possible, et ainsi de suite. Ces exemples ne sont que quelques étapes auxquelles il est nécessaire de réfléchir lorsque vous envisagez un séjour de recherche à l’étranger. Par ailleurs, outre les avancées de recherche que permet ce voyage pour une étude ou une recherche, l’expérience que peut vous apporter ce projet au niveau individuel ou professionnel est extrêmement valorisante et enrichissante si, comme mentionné, vous y évacuez tous, dans la mesure du possible, éléments stressants.

Dave Poitras Étudiant à la maîtrise Université de Montréal Chercheur-visiteur à l’Institut de sociologie de l’Université de Montréal