CCEAE/CCGES-Université de Montréal
--
ACCUEIL ENSEIGNEMENT RECHERCHE CONTACT CENTRE AT YORK UNIVERSITY

Rapport séjour Guillaume Bélanger 2010

Comme nous le constatons chaque année davantage, l’Occident est actuellement au prise avec une crise relativement profonde sur la question de l’intégration des minorités culturelles. Dans certains cas, chez certains gouvernements, on assiste à la naissance de politiques en matière d’intégration qui flirtent littéralement avec le non-respect de principes élémentaires de la Convention Internationale des Droits de l’Homme. Ce qu’on peut noter essentiellement de la période actuelle est qu’il y a sans aucun doute une montée générale de la tension dans des pays traditionnellement ouverts à la différence, et que cela semble être associé dans l’inconscient collectif à la montée d’un certain intégrisme religieux.

L’Allemagne est un excellent exemple de tension au sein des différentes communautés ethno-religieuses. Depuis la réunification, les « travailleurs temporaires » ou gastarbeiter de la guerre froide ne cessent de demander l’accès à la citoyenneté dans un but d’intégration. Au fil des années, toutefois, l’absence d’ouverture de la communauté allemande de souche sur la question de leur intégration a soulevé un certain nombre de situations conflictuelles. Certaines communautés, tels que les Turcs (deuxième plus importante communauté ethnique d’Allemagne après les Allemands de souche) subissent même une quantité considérable d’actes xénophobes rappellant parfois un lourd passé, aussi bien que certains Turcs d’aujourd’hui se disent être les juifs d’hier.

La situation de l’Allemagne est particulière en ce sens que le pays s’est toujours dit, à travers une histoire qui a connu de nombreux revers, ne pas en être un d’immigration, et fut, jusqu’à très récemment, toujours basé sur des politiques jus sanguinis en matière d’attribution de la citoyenneté. Dans la dernière décénnie, la communauté allemande a dû revoir et redéfinir ses politiques afin de solutionner l’impasse dans laquelle elle se trouvait face aux gastarbeiter de la période post deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui, la question de l’intégration réelle de ces minorités dans l’Allemagne réunifiée n’est pas complète et reste un sujet parfois brûlant. Au même moment, d’autres réflexions plus larges sont menées de front et tentent de définir davantage ce pays qui se découvre au fil des années, des questions telles que : Qu’est-ce qu’être citoyen allemand ? Est-ce qu’être Allemand doit signifier porter le fardeau des erreurs du passé ? Si le fardeau doit être porté, qui le porte ? Parmi ces questions, et dans mes perspectives d’étudiant en architecture, une particulièrement m’a intéressé, à savoir la suivante : Ais-je le droit en tant que musulman, juif, protestant ou autre et dans l’Allemange d’aujourd’hui, d’avoir accès à une citoyenneté basée sur les valeurs d’égalité et de respect ?

Mon intérêt sur cette question tient dans le fait que je suis convaincu que l’architecture peut être vue comme un médium de réconciliation ou comme l’expression matérielle d’un système de valeurs basé sur l’acceptation, le dialogue inter-religieux et l’échange. Qu’elle peut, par l’inventivité et la créativité, aider à la transformation, voir l’amélioration des rapports sociaux. Afin de pouvoir explorer davantage ces questions ainsi que d’entamer des recherches urbaines et architecturales, j’ai eu la chance de recevoir une bourse du Centre Canadien d’Études Allemandes et Européennes qui m’aura permis de passer l’été 2010 à Berlin afin, entre autre, de suivre un séminaire sur les questions de diversité, religion, ethnicité et identité de l’Allemagne contemporaine. Cette formation touchaint le domaine des sciences humaines et faisant partie de mon diplôme complémentaire en études allemandes et européennes, aura été l’occasion pour moi d’obtenir les réponses à de nombreuses questions entourant mon projet final à la maîtrise en architecture. Ce projet par ailleurs, consistera à concevoir un bâtiment voué à la pratique religieuse multiconfessionnelle. Mon objectif suite aux recherches entamées à l’été 2010 sera d’utiliser la ville de Berlin comme laboratoire au projet d’architecture, et plus spécifiquement le secteur Kreuzberg à majorité Turque.