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Rapport de séjour de recherche Ludvic Moquin Beaudry

RAPPORT DU SÉJOUR DE RECHERCHE

Dans le cadre du EAE 6002 « Travail dirigé »

Centre d’études allemandes et européennes Université de Montréal

Le 25 avril 2012 Le séjour de recherche que j’ai effectué a eu lieu à la Johann Wolfgang von Goethe-Universität de Frankfurt am Main, entre le 14 mai et le 23 juin 2011. C’est à l’invitation du Professeur Christoph Menke, également attaché au Cluster of Excellence " The Foundation of Normative Orders ", que j’y ai mené un projet qui s’inscrit dans l’activité de recherche devant mener à la rédaction de mon mémoire. Ce projet consistait à sélectionner puis traduire les lettres de la correspondance entre Theodor W. Adorno et Siegfried Kracauer pertinentes à ma recherche, dont une part importante a trait à l’évolution de l’appréciation du médium cinématographique dans la pensée d’Adorno et aux influences intellectuelles de ce dernier. Cette traduction s’est imposée par le fait que ladite correspondance, éditée en allemand en 2008, n’a pas fait l’objet d’une traduction française ou anglaise jusqu’à ce jour. Ce travail est devenu pour moi une occasion, d’une part, de mettre en pratique mes connaissances de la langue allemande et, d’autre part, de m’approprier une partie de la pensée que j’étudie dans sa langue d’origine. La première phase du travail consistait à sélectionner, parmi toute la correspondance, les lettres les plus importantes pour ma recherche et de les retranscrire sur ordinateur afin de faciliter l’utilisation d’outils de travail électroniques (fonctions de recherche, dictionnaires électroniques, etc.). L’annexe I du présent document contient le résultat de ce travail. Au total, ce sont 16 lettres, étalées entre août 1962 et novembre 1965 que j’ai retranscrites. La seconde phase, la plus longue du processus, consistait à transposer les lettres de l’allemand vers le français – « transposition » signifiant ici une première traduction dont les phrases et paragraphes ne sont pas harmonisés stylistiquement, une traduction plus « brute ». Pour ce faire, j’ai eu recours à plusieurs outils : dictionnaires papier (Duden) et électroniques (Pons), de même qu’en ligne (Leo). La plus grande difficulté, à cette étape, a été de trouver la traduction française de certains termes allemands utilisés par la caste intellectuelle allemande des années 1920-1960 et qui sont tombés en désuétude, de même que la traduction de certains jeux de mots faisant référence à un contenu intellectuel particulier (l’oeuvre de Heidegger, par exemple). À ce moment, un choix de traduction a aussi dû être fait en ce qui concerne les expressions anglaises utilisées par les deux auteurs (Adorno ayant résidé aux États-Unis de 1933 à 1949 et Kracauer, de 1941 à sa mort en 1966) : j’ai décidé de les maintenir telles quelles, afin de maintenir l’influence de l’expérience américaine sur leurs réflexions et leurs rapports personnels. De même que pour les termes français utilisés dans l’original, les expressions anglaises sont mises en italiques dans ma traduction. La troisième phase du travail consistait à harmoniser stylistiquement le texte traduit. J’ai opté pour harmonisation minimale, afin de bien rendre le rythme de la prose des deux auteurs et de maintenir leurs particularités stylistiques propres (la tendance d’Adorno à faire de longues phrases bourrées d’incises, par exemple). Dans les cas où l’harmonisation risquait d’affecter le sens des phrases, je me suis abstenu et, lorsque la phrase française me paraissait raboteuse, j’ai maintenu l’original allemand entre parenthèses. Le résultat de ce travail se trouve en annexe II. Finalement, pour ce qui est des passages très complexes, notamment celui où Kracauer fait une blague sur Heidegger en parlant d’une cruche et d’un pont (lettre #233), à mon retour d’Allemagne, j’ai eu recours à l’aide de mon directeur de recherche, Iain Macdonald, pour trouver une formulation française adéquate (lisible, à tout le moins).

En parallèle avec ma propre recherche, ce séjour m’a permis de prendre part aux activités du Cluster of Excellence : Normative Orders, notamment en assistant aux conférences qui y étaient organisées. La première, tenue le 21 mai à l’Audimax 1 du Campus Westend de la Goethe-Universität, portait le titre de « What is critique ? » et donnait la parole à Judith Butler et Gayatri Spivak. La seconde, tenue au même endroit, était une conférence de Charles Taylor à propos de « The meaning of "post-secular" » à la fin de laquelle a eu lieu un débat entre Taylor et Jürgen Habermas, dernier représentant de l’École de Francfort. Dans les deux cas, les conférences ont alimenté des réflexions sur les orientations générales de ma recherche et sur les possibles raccords de la théorie critique avec les « postcolonial studies », dans le premier cas, et la philosophie politique, dans le deuxième cas. Finalement, mon séjour de recherche à Francfort a été l’occasion de mettre en pratique et d’améliorer mes capacités de communication dans la langue de Goethe, malgré le fait que le travail de traduction auquel je me suis livré était, somme toute, assez solitaire.