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Rapport de séjour de recherche 2009 - Yannick Cormier

Québec, le 18 octobre 2009

Rapport de séjour de recherche suite à l’obtention d’une bourse de recherche du CCEAE.

Dans le cadre du projet de thèse de doctorat : « La confrontation du passé nazi en zone d’occupation française : le Land du Baden entre mémoire, culpabilité et dénazification (1945-1949) »

Par Yannick Cormier, étudiant au doctorat en histoire. Université de Montréal

La bourse de recherche que m’a accordée le Centre d’études allemandes et européennes (CCEAE) à l’hiver 2009 a permis de financer partiellement un séjour de recherche de janvier à juin 2009 au sein de différentes archives du Land du Baden-Württemberg en Allemagne. Mon doctorat s’effectue sous la direction du professeur Till van Rahden, titulaire de la Chaire de recherche en études allemandes et européennes du CCEAE, de même que sous la co-direction du professeur Carl Bouchard, du département d’histoire de l’Université de Montréal. Ma thèse s’inscrivant au sein d’une histoire culturelle du politique, je m’intéresse au développement de la mémoire collective du nazisme en Allemagne dans le contexte de l’occupation alliée (1945-1949), plus précisément sur la zone française d’occupation. À ce sujet, l’ancien Land du Baden (ou Südbaden) de cette zone a retenu mon attention de par ses spécificités : avec Freiburg-im-Breisgau à titre de capitale du Land, la région de la Forêt noire (Schwarzwald) à titre de ressource naturelle « disponible » et Baden-Baden en tant que siège du gouvernement militaire français en Allemagne, le Baden devint rapidement une référence à ce que fut l’expérience allemande de la zone française d’occupation.

J’entends d’abord expliquer les prémisses d’une mémoire du nazisme « vue d’en haut », soit 1- comment le caractère spécifique des politiques d’occupation françaises et la présence de militaires français sur le sol allemand influa sur la façon dont la collectivité allemande sous occupation interpréta la dictature nazie et établit sa première mémoire de l’expérience hitlérienne. Ensuite, pour compléter cette approche en y incluant une mémoire « vue d’en bas », j’aspire aussi à analyser 2- la réception allemande à l’approche de l’occupant en nous attardant à décrire une mémoire « vue d’en bas », soit en abordant les perceptions de la collectivité allemande (acteurs publics et individus) de l’expérience nationale-socialiste et de son héritage conséquent. Mon projet aspire ainsi à présenter une analyse des perceptions collectives et individuelles du rapport au passé : les partis politiques au niveau régional, médias divers, comités antifascistes, Églises, syndicats, autres associations, de même que des sources individuelles sont ainsi traitées.

Grâce à cette bourse, les objectifs de ce long séjour de recherche ont été plus qu’atteints. Dans l’ensemble, cette recherche en archives m’a fait remarquer des débats diversifiés sur la mémoire du nazisme au sein de nombreux textes, archives et documents, de même qu’au sein des archives de la zone française d’occupation à Colmar. Mon séjour à titre de Gastwissenschaftler au sein de l’Albert-Ludwig Universität de Freiburg de novembre 2008 à juillet 2009 m’a permis un séjour plus que passionnant : les Staatsarchive (archives d’État pour la région du Baden à Freiburg), de même que les Stadtarchive-Freiburg, -Konstanz, -Emmendingen et –Lörrach m’ont donné de vastes résultats : les archives communales et du gouvernement civil badois (1946-1952) ont ainsi été abordées en profondeur. J’y ai trouvé de la documentation sur les formations politiques sociale-démocrate, chrétienne-démocrate et communiste, sur diverses associations régionales, de même que sur des comités antifascistes présents dans les régions de Freiburg, Konstanz et Lörrach. De plus, les médias du Baden, journaux et émissions de radio, de même que les sources liées aux cercles intellectuels (pensons à Alfred Döblin), aux associations diverses et aux Églises catholique et évangélique nous ont apporté des résultats plus qu’intéressants. Par ailleurs, des sources importantes sur les mémoires individuelles, notamment par le biais de lettres, requêtes et plaintes auprès des gouvernements civil et militaire, journaux personnels, etc. m’ont donné des résultats inattendus jusqu’à présent.

Ce séjour de recherche a connu sa consécration en mai 2009, où j’ai été invité à présenter mes résultats de recherches lors du colloque « Crime, Violence and the modern State » présenté à l’Université de Saint-Petersbourg. De plus, le professeur Jorn Leonhard du département d’histoire de l’Université de Freiburg m’a également invité à prononcer une conférence sur la mémoire du nazisme au sein de son Kolloquium en juin suivant. Dans le cadre de ces deux conférences, j’ai eu la chance de bénéficier de critiques et commentaires plus que constructifs de la part de mes pairs, notamment sur ma méthodologie et les orientations générales de ma recherche.