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Rapport de séjour de recherche - Marie-Claude Haince - 2008

RAPPORT SÉJOUR DE RECHERCHE

1. Présentation générale Le séjour de recherche que j’ai réalisé du 6 au 27 octobre 2008 au Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS) – un laboratoire de recherche situé à Paris et affilié au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris (EHESS) –, s’inscrit directement en lien avec la formation académique que je poursuis dans le cadre d’une thèse doctorat en cotutelle, conjointement à l’Université de Montréal et à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. En effet, le stage de recherche a été supervisé par mon co-directeur de thèse, le professeur Marc Abélès, directeur du LAIOS et s’inscrit dans le cadre d’une cotutelle de thèse, convention cadre signée entre les établissements français (EHESS) et québécois (Université de Montréal). Ainsi, la cotutelle de thèse est un moyen de renforcer la coopération scientifique entre la France et le Québec en favorisant la mobilité des doctorants. Pour se faire, le doctorant effectue sa scolarité et ses travaux en partie dans l’établissement français et en partie dans l’établissement québécois, sous la direction conjointe d’un directeur de thèse en France, à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et d’un directeur au Québec, de l’Université de Montréal en l’occurrence. Le séjour de recherche au sein de l’établissement français devient donc obligatoire dans le cadre de cette formation. De plus, la cotutelle de thèse vise 1) à conforter la dimension internationale des écoles doctorales, 2) à favoriser la mobilité des doctorants dans des espaces scientifiques et culturels différents et 3) à développer la coopération scientifique entre des équipes de recherche françaises et québécoises. Le séjour de recherche à l’EHESS était donc obligatoire dans le cadre de cette formation universitaire. Enfin, le choix de cette institution est déterminant, puisque le cadre théorique de mon projet de recherche1 s’inspire largement des études de l’anthropologue Marc Abélès, directeur du Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS) du CNSR à Paris, ma thèse de doctorat est réalisée sous sa codirection à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Les activités de recherche auxquels j’ai participé et assisté lors de ce séjour de recherche sont également fortement liés à mes intérêts de recherche et apportent une valeur ajoutée à la formation doctorale. Ils m’ont permis d’approfondir mes connaissances théoriques sur des thèmes liés à mon projet de thèse. 1 Voir à cet effet la description de mon projet de thèse en annexe.

2. Objectifs du séjour de recherche Les objectifs de ce séjour de recherche réalisé du 6 au 27 octobre 2008 étaient les suivants : 1) favoriser l’enrichissement de la formation doctorale en assistant et en participant à des activités scientifiques à l’extérieur du Québec, en l’occurrence au LAIOS, à l’EHESS de Paris et à d’autres laboratoires et centres de recherche parisiens. Plus précisément, en participant à des colloques et des ateliers et en profitant pleinement de ces conférences et rencontres scientifiques avec des chercheurs et des doctorants pour développer des échanges scientifiques en me permettant d’intégrer un réseau en vue d’éventuelles collaborations (publications, colloques, post-doctorat) ; 2) bénéficier d’un encadrement pédagogique me permettant de peaufiner mon cadre théorique en assistant à divers séminaires offerts par les membres du LAIOS, me permettant ainsi d’approfondir les axes théoriques utiles à l’interprétation des données recueillies. En effet, les recherches sur le thème de l’anthropologie des institutions (et sur des thèmes connexes) effectuées par les chercheurs du LAIOS me fourniront des pistes et des éléments de recherche utiles pour bonifier ma thèse de doctorat. Les échanges avec d’autres membres du LAIOS (et des membres d’autres institutions parisiennes) me permettront d’approfondir et de nourrir le questionnement théorique actuel lié à mon projet de recherche ; 3) finaliser la collecte de données sur le terrain aux bureaux d’immigration Québec et immigration Canada à Paris où j’ai déjà réalisé quatre terrains, d’abord dans le cadre de mon mémoire (2003) et, ensuite, dans le cadre de mon doctorat (2005, 2007 et 2008). En ayant un accès constant au LAIOS, je pourrai ainsi m’assurer que ma méthodologie de recherche sera rigoureuse, appropriée et donc susceptible de permettre une meilleure interprétation des données nouvellement recueillies et ce, grâce à l’encadrement des chercheurs du LAIOS qui ont développé une expertise solide et profonde dans le domaine des recherches sur l’anthropologie des institutions ; 4) poursuivre la rédaction de la thèse dans un contexte stimulant au sein d’un laboratoire de recherche de réputation internationale dont les intérêts recoupent parfaitement les miens, tout en confrontant mes idées des chercheurs et universitaires d’un autre horizon. D’une manière générale, les objectifs de ce séjour de recherche ont été atteints. Ainsi, ce séjour de recherche a enrichi ma formation doctorale en participant, notamment, aux Journées d’étude « Migrations : nouvelles pratiques, approches plurielles », tout en bénéficiant des connaissances transmises par des professeurs et des chercheurs européens. En assistant et en participant à ces journées d’études, j’ai pu enrichir et approfondir mes connaissances. Plus particulièrement, les échanges scientifiques avec des professeurs, des chercheurs et des doctorants travaillant sur des thématiques liées à l’immigration, m’ont permis enrichir mes connaissances théoriques en confrontant, entre autres, les traditions des anthropologies nord-américaine et européenne. De plus, j’ai également participé à certaines rencontres scientifiques avec des membres (chercheurs et doctorants) du LAIOS, et avec mon co-directeur de thèse Marc Abélès, qui ont été des plus enrichissantes. Cette insertion au sein du LAIOS, a été rendue possible grâce à la collaboration scientifique déjà bien établie entre mes co-directeurs.

Enfin, j’ai poursuivi mon travail de recherche sur le terrain qui s’est effectué à Paris. Ainsi, j’ai effectué des entrevues avec des employés du Ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles (MICC), tout en participant à certaines activités organisées par cette institution, notamment des sessions d’informations à l’attention des candidats à l’immigration. Au terme de ce séjour de recherche, j’ai pu finaliser ma collecte de données sur le terrain (Paris) et j’ai pu déterminer, notamment avec la supervision et le soutien de mon co-directeur Marc Abélès, certaines pistes théoriques qui me serviront de bases pour la rédaction de ma thèse, et une plan général pour la rédaction de ma thèse – rédaction que j’ai par ailleurs entamée lors de ce séjour. Je peux affirmé que les objectifs du séjour recherche ont été atteints et que ce séjour a été indéniablement enrichissant et très stimulant aussi bien d’un point de vue académique, théorique et que pratique. Surtout ce séjour de recherche apporte sans contredit une valeur ajoutée à ma formation doctorale. La Bourse de court séjour du Centre canadien d’études allemandes et européenne (CCEAE) est un soutien financier inestimable à la poursuite de mes recherches doctorales. Cette bourse m’a permis de couvrir les frais de transport (billet d’avion) et une partie des frais d’hébergement inhérents à ce séjour de recherche. Je profite ainsi de l’occasion pour exprimer toute ma gratitude au CCEAE, je vous suis très reconnaissante pour l’octroi de cette bourse.

ANNEXES i DESCRIPTION PROJET DE THÈSE a) Problématique Mon projet de thèse, dont le titre est Entre l’immigrant et l’État : acteurs intermédiaires et nouvelles idéologies sécuritaires au Québec et au Canada s’inscrit en continuité avec la recherche de maîtrise que j’ai complétée à l’Université de Montréal en 2004. Il s’inscrit dans un contexte où les discours de nos dirigeants prônent un contrôle plus ferme de l’immigration et où il est question de la « fermeture des frontières » (Bigo 1998, 2002 ; Guiraudon et Joppke 2001), on ne peut que constater que les migrations internationales ont malgré tout continué d’augmenter (Massey 1999 ; Meyers 2000 ; Sassen 1998). Comment peut-on expliquer ce décalage entre les discours et les pratiques entourant l’immigration ? Une explication de ce décalage réside dans le fait que les politiques d’immigration s’élaborent et s’instaurent au coeur de deux logiques diamétralement opposées : celle des droits humains et celle de la sécurité (Ibrahim 2005). D’une part, l’optique des droits humains a pris une place de plus en plus importante dans les discours des sociétés occidentales (Hafner-Burton et Tsutsui 2005 ; Wallerstein 1997). D’autre part, le discours sécuritaire est devenu omniprésent, surtout depuis les événements du 11 septembre 2001, et on assiste à une intensification des technologies de contrôle et de surveillance, de même qu’à l’émergence d’une constellation de dispositifs sécuritaires de plus en plus sophistiqués (technologies biométriques généralisées, « remote control », régimes de visas, etc.) (Browne 2005 ; Flynn 2005 ; Salter 2003). Si l’approche sécuritaire conduit à considérer l’immigrant comme un « individu porteur de risque », la logique des droits humains, quant à elle, se focalise plutôt sur la « protection » de ce dernier. Ce décalage peut également s’expliquer par le fait que la situation actuelle engendre un durcissement des dispositifs répressifs et des mesures législatives qui compliquent et perturbent les mouvements migratoires (Guiraudon 2001 ; Lynch et Simon 2003), contraignant les migrants à élaborer de nouvelles stratégies pour émigrer. Par conséquent, le contexte actuel favorise l’entrée en scène d’acteurs non-étatiques (acteurs intermédiaires : avocats en immigration et consultants) qui, par leur position de médiation entre l’État et l’immigrant, s’avèrent être des acteurs dont l’importance ne cesse de croître dans le processus d’immigration. Ainsi, le recours aux services de ces derniers n’est plus réservé à une certaine élite (investisseurs, entrepreneurs), mais tend plutôt à devenir une pratique généralisée. En marge du processus d’immigration « traditionnel », émergent donc une « marchandisation » de l’immigration où l’acteur intermédiaire tend à devenir une figure incontournable. À la lumière de ce qui vient d’être dit, on peut se demander comment fait-on pour immigrer au Canada dans ce contexte ? b) Objectifs de recherche Ce projet de thèse, qui s’inscrit dans le prolongement de mes recherches de maîtrise, vise à la fois à donner une intelligibilité empirique du processus d’immigration au Québec et au Canada et à explorer un terrain de recherche inédit, en s’intéressant plus spécifiquement aux relations entre les immigrants, les acteurs intermédiaires et l’État. Je me propose, à travers une exploration ethnographique de cette « zone de passage » menant à l’entrée à l’intérieur du territoire national, de chercher à voir comment ce processus s’actualise et quels en sont les protagonistes. Les objectifs généraux de cette thèse sont : 1) d’explorer les liens entre les tendances globales en matière d’immigration – qui prennent corps entre les droits humains et la sécurité – et leurs articulations dans le cadre d’une politique nationale (politiques canadienne et québécoise d’immigration) et 2) de comparer les stratégies et les « modes de faire » des différents acteurs impliqués dans le processus d’immigration au Québec et au Canada. Plus spécifiquement, il s’agira : a) de voir comment le projet d’immigration des candidats immigrants s’organise et par quels moyens ; b) de constater comment ce projet est facilité ou défavorisé par l’entremise d’acteurs intermédiaires ; c) d’examiner le rôle de ces acteurs dans la gestion de l’immigration et dans le processus d’immigration ; d) de s’attarder aux relations que ces acteurs intermédiaires entretiennent avec les institutions québécoise et canadienne d’immigration et avec les immigrants, et enfin e) de voir comment sont mises en oeuvres les pratiques bureaucratiques des employés de ces institutions d’immigration. Pour atteindre ces objectifs, je suivrai la trajectoire d’immigrants du Maroc à partir de leur pays de départ jusque dans les débuts de leur établissement au Canada et au Québec. Le choix de ce groupe s’explique par le fait que les immigrants originaires du Maghreb sont devenus la cible des obsessions sécuritaires des pays receveurs. En ce sens, les ressortissants marocains représentent, selon moi, la figure emblématique de « l’individu à risque », incarnant à la fois l’arabe et le musulman, et pouvant être perçus comme étant une menace pour notre société. Je m’intéresserai au « Bureau des visas » (Rabat) et à un « Centre régional de programme » (Paris), au sein du ministère de Citoyenneté et Immigration Canada, et à deux bureaux des « Services d’immigration du Québec » du ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles (Montréal et Paris). Je porterai également mon attention sur des firmes spécialisées en immigration implantées aussi bien au Canada, au Québec qu’au Maroc. c) Méthodologie et cadre théorique La démarche méthodologique que je propose sera articulée autour de deux axes principaux : 1) les trajectoires individuelles des immigrants et 2) les pratiques institutionnalisées des employés gouvernementaux, ainsi que celles des employés des firmes spécialisées en immigration (consultants et avocats). Je propose également plusieurs niveaux : a) des entrevues seront réalisées avec des ressortissants du Maroc établis au Canada ou au Québec, ou ayant entamé des démarches pour s’y établir. Les données recueillies lors de ces entrevues comprendront des informations générales (sexe, âge, niveau de scolarité, lieu de naissance) et des récits sur l’expérience du processus migratoire ; b) des séries d’entrevues seront réalisées auprès des employés des différents bureaux de CIC et du MICC, de même qu’avec des acteurs intermédiaires. Les données recueillies lors de ces entrevues comprendront des informations générales (sexe, âge, niveau de scolarité, domaine d’études, formation professionnelle) et des récits sur l’expérience de travail avec les immigrants. Je réaliserai aussi une analyse du contenu des textes produits par les institutions gouvernementales ; c) je procéderai à l’observation quotidienne des pratiques des employés gouvernementaux et de ceux des firmes d’immigration. Cela me permettra de contraster ces données empiriques avec celles obtenus lors des entrevues. À ce jour, l’étude empirique sur laquelle se fonde mon projet n’a pas été entreprise en sciences sociales. Au Québec et au Canada, plusieurs études ont été faites sur les relations interethniques, où les questions d’ethnicité et d’identités sont au coeur des analyses (Abu-Laban et Gabriel 2002 ; Elbaz et al. 1996 ; Elbaz et Helly 2000 ; Helly 1996 ; Labelle 1998 ; Meintel 2002 ; Sharma, Ervin et Meintel 1991), mais aucune d’entre elles ne s’est attardées sur les relations entre les immigrants, les acteurs intermédiaires et l’État lors du processus d’immigration. En ce sens, le projet que je propose ambitionne d’enrichir la réflexion sur l’immigration au Québec et au Canada, en s’attardant à une problématique actuelle. La gestion des mouvements transnationaux de population par les pays d’accueil est un domaine d’étude où l’évolution des connaissances a un réel impact sur les politiques publiques. Mon projet pourrait amener à une meilleure compréhension du processus d’immigration et à redéfinir les cadres théoriques jusqu’alors préconisés pour étudier les phénomènes migratoires. Finalement, cette recherche jette aussi un regard critique sur les sociétés occidentales et sur leurs rapports avec les groupes immigrants qui se présentent à leurs frontières. En définitive, puisque le cadre théorique de mon projet de recherche s’inspire largement des études de l’anthropologue Marc Abélès, directeur du Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS) du CNRS à Paris, ma thèse de doctorat est réalisée sous sa codirection dans le cadre d’une cotutelle de thèse à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Au coeur de multiples débats, considérées parfois comme un problème majeur des sociétés européennes, les expériences migratoires – prendre la route, quitter sa région d’origine et ses proches, découvrir les manières d’être des sociétés rencontrées, s’établir dans un nouveau monde, soutenir des relations avec le pays d’origine – prennent aujourd’hui des formes nouvelles, tant au niveau des pratiques elles-mêmes que des représentations qui en sont produites et diffusées. Classiquement analysées pour leur impact sur les sites de départ ou d’accueil, les migrations sont envisagées ici du double point de vue de ces expériences migratoires elles-mêmes (incertitudes du parcours, épreuves de l’altérité, imaginaires dégrisés, retours différés, etc.) et de celui de leur accueil et de leurs narrations. L’attention est donc portée non pas sur les sociétés d’origine ou de destination, mais sur les migrants et les espaces qu’ils traversent ou créent au fil de leur parcours. Il s’agit de restituer à l’expérience migratoire son développement incertain, ses interactions avec les situations traversées, ses moments décisifs, ses effets sur les représentations du monde. Ces journées d’étude proposent de donner la parole aux doctorants et jeunes chercheurs autour de quelques thèmes qui devraient permettre à la fois de rendre visibles ces expériences limites, ces pratiques, innovantes ou passées inaperçues jusqu’ici, et de s’interroger sur les exigences nouvelles qu’elles adressent aux sciences sociales, en accordant une attention spécifique aux approches susceptibles d’en restituer la complexité.

DANGERS D’UN PARCOURS, RISQUES EN PARTAGE, EXPÉRIENCES LIMITES Certains moyens mis en oeuvre aujourd’hui pour atteindre l’Europe comportent des risques qui témoignent de la détresse des situations à l’origine des départs. Les épreuves traversées par les migrants tout au long du parcours les menant vers un autre espace comportent également cette dimension de danger. Par ailleurs, le départ peut être envisagé comme une expérience tout aussi lourde de conséquence pour ceux qui restent. Enfin, les modes d’organisation inventés ou subis pour survivre et réussir en situation de migration révèlent certaines expériences du lien social intéressantes à analyser.

PHÉNOMÈNES INVISIBLES, RÉCITS IMPROBABLES Les migrations sont omniprésentes dans les discours publics. Pourtant, sans doute plus que tout autre phénomène, elles se caractérisent par la difficulté à les décrire, à les représenter. La géographie peut-elle se saisir de ces phénomènes en dépit de la complexité à cartographier les flux migratoires ? Les sciences sociales peuvent-elles comprendre les expériences vécues par les migrants malgré les difficultés à les représenter et les recueillir ? Les discours liés aux migrations diffusent davantage des récits de délinquants ou de bénéficiaires des systèmes de sécurité sociale que d’entrepreneurs ou de créateurs. Les récits des migrants restent trop souvent des histoires cachées, invisibles, non relatées, comme celles des vaincus de l’histoire. En cela, ils constituent un défi pour les sciences sociales qui tentent de les mettre à jour.

DOUBLE EXIL ET DOUBLE PRÉSENCE Qu’ils soient considérés comme des clandestins, des sans-papiers, des déplacés, des réfugiés, des migrants ou des enfants d’immigrés, leur expérience ne peut s’évaluer au seul prisme du pays d’origine ou d’accueil. En quoi les situations qui ont déterminé le départ continuent-elles d’influer sur les expériences migratoires elles-mêmes ? Les questions du retour – le sien, celui de la famille, des enfants – et surtout les liens entretenus avec le village, la région, le pays d’origine, sont à la fois déterminantes et évolutives. Innovantes à plus d’un titre, les approches classiques en termes de diaspora, de transnationalisme ou de circulation migratoire suffisent-elles aujourd’hui pour décrire les pratiques émergentes ?

ALTÉRITÉ CHEZ SOI, ALTÉRITÉ EN SOI La migration ne peut être envisagée du seul point de vue des populations migrantes, qui sont également « tributaires » de l’accueil dans les sociétés de destination. L’expérience de l’altérité chez soi constitue donc un marqueur important pour les populations et les sociétés. Les dernières années ont vu se développer de nouvelles attitudes et pratiques institutionnelles et politiques à l’égard des étrangers, des migrants, de leur descendance. De même, les discours et les politiques publiques ont un effet certain sur les pratiques sociales, ou encore sur la déculpabilisation des discours au sujet des dangers que représente l’immigration.

MIGRATIONS EN HÉRITAGE, MÉMOIRES DE MIGRANTS Que font les anciens migrants/migrantes de leur expérience ? Quel rôle joue leur vécu migratoire pour leurs proches ? Dans quelle mesure la migration appartient-elle à cette « deuxième génération » non migrante, mais pourtant désignée sous le signe de cette « différence » ? Ces interrogations témoignent de l’importance de la mémoire des migrants pour leur descendance. L’expérience migratoire, événement biographique marquant, constitue un héritage majeur pour les générations suivantes, même si elle n’est toujours transmise explicitement. L’héritage de la migration et ses modes d’appropriation représentent donc un angle d’analyse fondamental pour comprendre les migrations et leurs impacts à long terme

Comité d’organisation Michèle Leclerc-Olive, Lila Belkacem (atelier Migrations CEMS) atelier.migrations@yahoo.fr Comité scientifique Stéphane Dufoix, Jeanne Hersant, Marie-Antoinette Hily, Smaïn Laacher, Michèle Leclerc-Olive, Johann Michel, Monika Salzbrunn, Anne Catherine Wagner, Lila Belkacem

Partenaires Nous tenons à remercier chaleureusement les institutions et les personnes qui nous ont aidé et permis d’organiser ces journées : le CEMS, l’Ecole doctorale de l’EHESS et la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, le comité scientifique des journées d’étude, Christine Colpin, Josiane Leconte, Monique de Saint-Martin, Stéphane Cure, l’atelier Migrations, les Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR) de l’ESCoM-FMSH, et tous les autres.