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Rapport de séjour de recherche - Marie-Hélène Benoît-Otis - juillet 2008

Rapport de séjour suite à l’obtention d’une bourse de recherche du Centre canadien d’études allemandes et européennes

par Marie-Hélène Benoit-Otis, étudiante au doctorat en musicologie, Université de Montréal et Freie Universität Berlin

Avec le soutien du Centre canadien d’études allemandes et européennes, j’ai pu assister au congrès 2008 de la Société de musique des universités canadiennes (SMUC), qui s’est tenu à University of British Columbia, Vancouver, du 5 au 8 juin derniers. Au cours de ce congrès, j’ai présenté le résultat de recherches menées à Paris (Bibliothèque nationale de France et archives privées de la famille Chausson) au cours de l’été 2007.

L’objectif premier de cette présentation était de préparer la rédaction du dernier chapitre de ma thèse, en en rassemblant les idées principales sous une forme condensée, d’une part, et en recherchant les réactions de musicologues expérimentés avant la rédaction de la version finale, d’autre part. Ces objectifs ont été en bonne partie atteints : je compte en effet terminer dans les semaines qui viennent le chapitre correspondant de ma thèse, en complétant le matériel réuni pour la communication présentée le 7 juin dernier (le texte en tant que tel devra bien sûr être entièrement réécrit). Les questions et commentaires reçus suite à la présentation, même s’ils n’ont pas été aussi nombreux et éclairants que je l’aurais souhaité, me seront néanmoins très utiles dans la rédaction du chapitre, qui, comme la communication, sera intitulé « Le wagnérisme est-il dans l’oreille de celui qui écoute ? La réception du Roi Arthus d’Ernest Chausson ».

Dans ma thèse, qui porte sur « Un compositeur français et le wagnérisme : Le Roi Arthus d’Ernest Chausson, de la genèse à la réception », je cherche à démontrer que malgré tous les efforts de Chausson pour se « déwagnériser », la version finale de l’opéra porte clairement les marques de l’influence de Wagner. La thèse est divisée en quatre parties : la première (trois chapitres) permet de situer Le Roi Arthus dans son contexte, aussi bien celui des tendances wagnériennes en France à la fin du 19e siècle que celui de l’ensemble de l’œuvre de Chausson ; la deuxième (un chapitre) porte sur la genèse du Roi Arthus, plus particulièrement sur le processus de « déwagnérisation » du livret, puis de la musique ; la troisième (deux chapitres) retrace les traits wagnériens encore présents dans la version finale de l’opéra, et la quatrième et dernière (un chapitre) étudie la réception de cet aspect de l’opéra, de sa création en 1903 à aujourd’hui. Cette étude permet de brosser un tableau de l’attitude ambivalente et changeante des recenseurs (compositeurs ou musicographes) envers le wagnérisme, démontrant que Chausson était loin d’avoir été le seul à éprouver quelque difficulté face à l’influence envahissante de Wagner.

La préparation de ce chapitre (et de la communication qui l’a précédé) a nécessité des recherches dans les périodiques de l’époque, effectuées à la Bibliothèque nationale de France (Département de la musique, Bibliothèque-musée de l’Opéra et périodiques conservés à Tolbiac). J’ai également pu me baser sur les dossiers d’œuvre et d’artiste conservés à la Bibliothèque-musée de l’Opéra, ainsi que sur le dossier de presse conservé par la famille Chausson, auquel j’ai pu avoir un accès privilégié grâce à la recommandation de Monsieur Jean Gallois, auteur de l’unique monographie publiée sur Chausson. (Les archives privées de la famille Chausson sont cependant en voie d’être transférées à la Bibliothèque nationale de France.) Au fil de toutes ces recherches, effectuées en juin et juillet 2007, j’ai réuni un dossier d’une centaine d’articles permettant de tirer des conclusions inédites. En effet, si plusieurs auteurs avaient déjà eu recours aux recensions de l’opéra pour appuyer leurs propres analyses, aucun n’avait encore remarqué les biais dont toute la réception est empreinte : par exemple, si les amis et élèves de Chausson s’emploient à minimiser les traits wagnériens présents dans Le Roi Arthus, des compositeurs comme Gabriel Fauré et Paul Dukas, au contraire, les relèvent avec une désapprobation qui trahit leur souci d’écrire des opéras échappant à l’influence de Wagner.

Présenter une communication au congrès 2008 de la SMUC m’a donc permis d’esquisser quelques conclusions au sujet de la réception du Roi Arthus ; il ne me reste plus qu’à étayer ces conclusions pour en faire le dernier chapitre de ma thèse, que j’espère terminer au cours de l’année 2009.

Montréal, le 18 juillet 2008