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le mercredi 26 avril 2017

Mimèsis et réification : Matérialisme anthropologique vs philosophie de la reconnaissance

Gérard Raulet, Professeur (Université Paris-Sorbonne)

Date : le mercredi 26 avril, 2017, de 15h à 17h Lieu : Le Centre canadien d’études allemandes et européennes Université de Montréal, 3744, rue Jean-Brillant, salle 580-31

Mimèsis et réification : Matérialisme anthropologique vs philosophie de la reconnaissance

DESCRIPTIF :

La mimèsis constitue dans les réflexions de Benjamin et d’Adorno le modèle stratégique de la résistance à une réification qui s’est emparée des formes mêmes de la pensée. Chez l’un comme chez l’autre elle est au cœur des réflexions épistémologiques, anthropologiques et sociologiques. Benjamin lui confère un statut épistémologique en parlant de « pouvoir mimétique ».

La mimèsis obéit à l’idée qu’il faut accorder la priorité à la matérialité de la rencontre avant de projeter sur elle les catégories de la subjectivité. Faire l’expérience du monde « à même la matière des choses », tel est le fondement du matérialisme historique de Benjamin, comme Georges Dudi-Huberman l’a bien résumé. C’est aussi l’argumentation du texte d’Adorno sur « L’actualité de la philosophie » (1931) : le « programme de toute connaissance matérialiste véritable », y déclare Adorno, consiste à tenir à distance toute hypostase d’un « sens » des objets et notamment d’un sens religieux.

Le séminaire explorera cette parenté profonde entre les deux penseurs et exposera les dimensions théoriques différentes auxquelles ils relient cette conception partagée : surtout la phénoménologie et le « retour aux choses mêmes » chez Adorno, la philosophie du langage et la théorie psychologique de l’expérience (l’une et l’autre sur fond de métaphysique) chez Benjamin. Il retracera leurs débats au sujet de la mimèsis, qui atteignent un point culminant à la fin des années 1930, au regard de la stratégie qu’il convient d’adopter face au fascisme.

A partir de la question de la masse, qui semble chez Benjamin être l’acteur de la stratégie mimétique, il s’intéressera également aux parentés entre la conception benjaminienne et la sociologie des foules de Gabriel Tarde. Il ouvrira ainsi une confrontation avec la Théorie critique récente et son oubli croissant de la dimension anthropologique, en revanche souterrainement très présente dans la pensée française contemporaine, par exemple chez Deleuze, ainsi que chez les penseurs de la multitude. Les représentants actuels de la Théorie critique se réfèrent avant tout à des auteurs anglo-saxons, notamment Mead, qui ignorent Benjamin et qui, lorsqu’ils mentionnent Tarde, soulignent, comme le fait Mead, que « la conscience sociale […] est le présupposé de l’imitation », et non l’inverse. Mead incarne un courant de la pensée sociologique qui se ferme par principe à toute confrontation avec les questions fondamentales de l’anthropologie et par conséquent aussi de la bio-politique.

Il semble que la Théorie critique actuelle ait ainsi renouvelé et exacerbé la « suspicion à l’égard de l’anthropologie » (Anthropologieverdacht) qu’ont nourrie Horkheimer et Adorno à certaines époques de leur évolution (pas toujours du reste, comme on le montrera à partir de la Dialectique de la raison). Dans un dernier chapitre on examinera les conséquences de cette option dans le registre de la stratégie politique à partir de la manière dont Honneth traite la question de la réification.

BIO-BIBLIO :

Gérard Raulet est professeur d’histoire des idées allemandes à l’Université Paris-Sorbonne. Il est directeur du Groupe de recherche sur la culture de Weimar (Fondation Maison des Sciences de l’Homme) et directeur de la collection « Philia » aux Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme. Il a été directeur de l’unité de recherche "Philosophie politique contemporaine" (UPRES-A 8004, CNRS / Ecole Normale Supérieure de Lettres et Sciences humaines) de 1999 à 2003. De 2014 à 2016, il a codirigé, avec Axel Honneth, le projet franco-allemand CActuS (Critique, Actualité, Société), financé par l’ANR (France) et la DFG (Allemagne). Ses publications récentes en philosophie politique contemporaine incluent : Critical Cosmology. Essays on Nations and Globalization, Lanham MD, Lexington Books 2005 ; La philosophie allemande depuis 1945, Paris, Armand Colin 2006 ; Republikanische Legitimität und politische Philosophie heute, Münster, 2012 ; Philosophische Anthropologie. Themen und Positionen, Band 2 : Philosophische Anthropologie und Politik, Nordhausen, 2013 (dir., en collaboration avec Guillaume Plas) ; European Constitutionalism. Historical and Contemporary Perspectives, Bruxelles e.a., 2014 (dir. en collaboration avec Alexandre Dupeyrix) ; Wissen in Bewegung.Theoriebildung unter dem Fokus von Entgrenzung und Grenzziehung (dir. en collaboration avec Sarah Schmidt), Berlin, 2014.

La conférence est rendue possible grâce au soutien de :

Département de philosophie

La direction des affaires internationales

Centre canadien d’études allemandes et européennes