CCEAE/CCGES-Université de Montréal
--
ACCUEIL ENSEIGNEMENT RECHERCHE CONTACT CENTRE AT YORK UNIVERSITY

Le représentant (der Stellvertreter)

Portée empirique et théorique d’un concept, CRSH
Sous la responsabilité de Barbara Thériault et Johannes Weiss)

Le représentant (Stellvertreter). Portée empirique et théorique d’un concept

Résumé de la recherche Le projet propose de développer et de préciser la figure du Stellvertreter, que nous traduisons de l’allemand par le terme « représentant ». Réduit à sa plus simple expression, le représentant est une personne qui agit et parle au nom d’autrui. C’est en écrivant un livre sur les « porteurs de la diversité » dans les services policiers en Allemagne que cette figure s’est imposée à Barbara Thériault. Elle est née d’un constat : au sein de l’organisation policière allemande, celui qui intercède, parle et agit au nom de ceux qui sont considérés différents n’est le plus souvent pas lui-même porteur de cette différence.

La représentation est un concept clé d’interprétation de l’Allemagne contemporaine. Elle a été développée, au plan théorique, par Johannes Weiß. Il a transposé le concept du droit et de la théologie, d’où il tire ses origines, à la sociologie. À partir des jalons posés par ses travaux et des travaux empiriques sur les services policiers, nous proposons d’élaborer le concept de Stellvertreter et de le mettre à profit pour les besoins d’une sociologie empirique au sens de Max Weber, soit une sociologie qui cherche à comprendre et expliquer l’action, sans la détacher du contexte au sein duquel elle se déploie.

Sur le plan empirique, cette recherche constitue une continuation de l’ébauche d’une sociologie de l’Allemagne contemporaine entamée il y a quelques années. La figure du représentant permet — c’est du moins l’hypothèse avancée — de mettre à jour un trait spécifique mais contesté du rapport à la différence. Ce rapport est en résonance avec une teinte spécifique de libéralisme allemand qu’il conviendra de définir dans le cadre de ce projet.

Au delà du contexte policier à partir duquel elle a émergé, la figure du représentant soulève une dimension théorique de la sociologie toujours peu exploitée, soit celle des relations intermédiaires. Parce qu’elle conjugue d’une façon unique des questions au cœur de la sociologie classique (la coordination de l’action) et des considérations épistémologiques chères aux théories contemporaines (les relations de pouvoir dans lesquelles l’action est tissée), la figure du représentant se présente comme un nouvel outil pouvant s’avérer fécond non seulement pour mieux saisir une facette spécifique du traitement de la différence, mais également sur le plan d’une sociologie théorique.

Enfin, la figure du représentant soulève également des questions d’ordre normatif liées aux fondements de son activité : par sa nature même, le représentant agace un idéal moderne d’autonomie de l’individu préconisant entre autres la prise en charge des groupes minoritaires par eux-mêmes. Il s’agit de questions touchant le rapport aux valeurs non seulement des acteurs, mais également de l’observateur sociologique lui-même, et dont l’approfondissement pourrait permettre d’élargir notre perspective quant aux différents rapports possibles à la différence.