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La logique de la comparaison historique

Vol. 4, no. 2, décembre 2008

« Tu ne me comprends pas » − c’est vraisemblablement l’une des phrases les plus souvent prononcées au monde. En effet, chose fort difficile que de se faire entendre, mais d’autant plus que de parvenir à ce que l’autre saisisse effectivement ma pensée. Que les autres (qui me ne comprennent, peut-être, pas) rencontrent le même problème renvoie à sa dimension fondamentale : comment s’assurer d’être compris, mais aussi comment s’assurer de bien comprendre ? Loin de n’être qu’une caractéristique de la communication quotidienne, ces difficultés sont d’une nature plus générale. Elles sont notamment le propre du travail des sciences humaines, dans la mesure où leur tâche consiste précisément à comprendre des produits culturels (textes ou artéfacts de tout genre) caractérisés par leur étrangeté par rapport aux faits connus. D’où le processus de comparaison entre ces derniers et l’inconnu pour peu à peu se « familiariser » avec celui-ci.

Nous le savons, en histoire ce processus de comparaison a été longtemps dominé par l’idée d’un développement paradigmatique en Europe, développement qui serait exemplaire de l’évolution à venir dans d’autres régions du monde. Certes, cet « eurocentrisme » a été relativisé au cours des dernières décennies. Mais en l’abandonnant, un problème fondamental de la compréhension d’autres civilisations se fait sentir dans toute son acuité. Car si j’envisage sérieusement la possibilité qu’un autre être humain, un pays ou toute une civilisation diffèrent profondément, jusqu’à la base et « aux tripes » de ce qui me semble être constitutif pour moi, mon pays ou ma civilisation de ces derniers, la question se pose comment effectuer d’une façon appropriée la mise en relation et conséquemment la comparaison entre les différentes « aires culturelles » au sens large du mot.

Le présent numéro d’EUROSTUDIA. Revue transatlantique de recherche sur l’Europe se propose de revenir sur les problèmes d’une histoire comparée à l’ère de la mondialisation. Après plusieurs livraisons consacrées à des comparaisons soit explicites, comme par exemple avec « Européanisation – mondialisation : le rôle de l’Europe dans le développement international » (no. 1/2007) ou avec « Europe – Afrique : regards croisés sur une ‘Europe spirituellement indéfendable’ » (no. 2/2007), soit implicites (cf. no. 1/2008 : « La gestion du religieux : vers une gouvernance multi-niveaux ? »), ce numéro revient sur un problème théorique et méthodologique de base de toute comparaison et compréhension interculturelle.

Ainsi vous trouvez, réunis par les soins de Catherine Colliot-Thélène (Université de Rennes 1) qui assure en même temps la direction de ce numéro et en fournit l’introduction, les articles de sept chercheurs nord-américains (Johann P. Arnason / La Trobe University, Dominic Sachsenmaier / University of California, Santa Barbara et Stephen Kalberg / Boston University) et européens (Alexandre Escudier / CEVIPOF Paris, Hartmut Kaelble / Humboldt-Universität Berlin, Jürgen Schriewer / Humboldt-Universität Berlin, et Matthias Middell / Universität Leipzig) traitant de différents aspects du « comparatisme européen et au-delà ».

Dietmar Köveker
Directeur