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L’argent dans la culture moderne

et autres essais sur l’économie de la vie

en coédition avec la collection Philia,
Éditions de la Maison des sciences de l’Homme, Paris

Georg Simmel

Présentés par Alain Deneault
Traduits de l’allemand par Alain Deneault et Catherine Colliot Thélène

Durant la dernière décennie du 19e siècle, Georg Simmel a fait publier différents « fragments » de sa volumineuse Philosophie des Geldes qui allait paraître en 1900. Parmi ces articles, certains n’ont pas trouvé leur place dans l’ouvrage général. L’un d’eux, Das Geld in der modernen Cultur, résumait déjà en 1896 la teneur même du livre à venir. Il en constitue à ce jour la meilleure introduction. C’est cet article, accompagné d’autres essais, que cet ouvrage rend disponibles au public de langue française, en Europe par les soins de la collection « Philia » des Editions de la Maison des sciences de l’Homme, en Amérique par ceux de la collection « Pensée allemande et européenne » des Presses de l’Université Laval.

Les thèses qui y sont avancées sont d’une actualité brûlante : le travail de Simmel consiste à identifier les dispositifs conceptuel, psychique et esthétique de l’économie, tout en pointant les dérives perverses que le système autorise. L’argent y est présenté comme un concept synthétique universel au service de stratégies de connaissance et de reconnaissance de la valeur. Ce système s’intègre à un appareil social de production qui se révèle également sous la forme d’un appareil de gestion et de refoulement de l’énergie psychique. Das Geld in der modernen Kultur définit ainsi in nuce « la » thèse principale d’une « philosophie de l’argent », à savoir qu’on ne saurait admettre de régime économique symbolique surélevé. Pour Simmel, la valeur ne saurait s’autoproclamer, elle ne se suffit pas à ses signes. L’argent reste donc l’affaire de relations entre des valeurs et des pensées de valeur ; il ne peut pas, sans risque pour l’évolution d’une culture, se faire le gage autonome de la valeur elle-même. Dans le processus de libéralisation et de mondialisation économique, l’œuvre du philosophe-sociologue se révèle indispensable pour apprécier la nature des enjeux profondément culturels qui nous concernent. Elle est, pour reprendre les termes de la philosophe Catherine Colliot Thélène, une « nouvelle critique de l’économie politique ».

Pourtant, à ce jour, en français, on a peu convoqué Simmel dans les débats économiques aigus de l’époque. Notamment parce que les lecteurs francophones disposent uniquement du maître ouvrage de Simmel sur la question, une Philosophie de l’argent de 600 pages, publiée en 1900, où les propositions théoriques et la structure argumentative se font moins évidentes, étant donnée la tournure littéraire de la présentation. Les opuscules que nous avons retenus sur l’argent et la culture proposent en revanche un tout autre Simmel. Ici, dans le genre concis de l’essai, Simmel identifie d’emblée son propos et trace quelques lignes fortes d’analyse.

L’opuscule L’Argent dans la culture moderne est donc précieux à plus d’un titre. Il propose un aperçu général de la problématique de Simmel pour qui serait intimidé devant la somme de considérations traitées dans son maître ouvrage, en plus de donner la réplique aux détracteurs qui n’auraient vu en cette œuvre « impressionniste » qu’un collier de mentions éparses qu’aucune matrice théorique ne vînt gouverner. Simmel introduit sa pensée par ce court texte, sur des assises historiques et théoriques plus fermes que dans la préface de Philosophie des Geldes, elle certes très féconde mais encore dispersée.

En outre, l’ouvrage propose en traduction le chapitre Die Differenzierung und das Prinzip der Kraftersparnis, tiré du recueil Über soziale Differenzierung de 1890, ainsi que Zur Psychologie des Geldes, qui paraissait la même année. Trois textes postérieurs à la Philosophie des Geldes secondent cette présentation. Geld und Nahrung, écrit en 1915, s’intéresse à la façon dont une communauté, dans des moments de grand désordre (la Grande Guerre), réapprend à conférer une pertinence de valeur à des éléments indépendants du tout-puissant signe pécuniaire. Un dernier texte, Die Wendung zur Idee, tiré du recueil ultime Lebensanschauung (1918), tire des conclusions fortes sur les enjeux culturels et politiques que l’argent représente dans notre modernité.

L’édition groupée de ces cinq essais contient une introduction d’Alain Deneault visant à consolider quelques concepts fondamentaux que Simmel n’a pas toujours cherché à élucider lui-même, soit ceux d’assomption (Erhebung), de dégagement (Enthebung) et de plan (Zweckreihe).

À propos de l’éditeur du volume :
Alain DENEAULT a soutenu en juin 2004 une thèse doctorale sur Simmel, à l’Université de Paris-VIII, sous la direction de Jacques Rancière. Il est actuellement chercheur invité au Centre canadien d’études allemandes et européennes de l’Université de Montréal.

Catherine COLLIOT THÉLÈNE est titulaire d’un DEA en philosophie de l’Université de Paris-I et d’une maîtrise en philosophie de la Humboldt Universität de Berlin. Ses mémoires ont respectivement porté sur le concept de « vie » chez Helmuth Plessner et sur l’esthétique de la peinture expressionniste allemande.

Table des matières

Introduction par Alain Deneault

L’argent dans la culture moderne

Sur la psychologie de l’argent

La différenciation et le principe de l’économie d’énergie

L’argent et la nourriture

Le tournant vers l’idée

184 pages
2006 _ISBN : 2-7637-8253-1

Prix : $25