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Européanisation EN TANT QUE mondialisation

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Intellectuels de tous les pays – bon, ils ne s’unissent pas au sens fort du terme, mais partagent une tendance, surtout en Europe peut-être, à blâmer les États-Unis d’être le pouvoir qui impose ses règles aux relations internationales. S’ils n’y parviennent pas par l’entremise des institutions internationales dominées par eux dit-on, ils iront, le cas échéant, jusqu’à laisser jouer les muscles de leurs arsenaux militaires. Dans la foulée de la publication d’Empire (Harvard University Press 2000) coécrit par Antonio Negri et Michael Hardt, ce point de vue prenait davantage d’ampleur, indépendamment du fait que les deux auteurs avaient pris soin de souligner : « The United States does not, and indeed no nation-state can today, form the center of an imperialist project » (op. cit., xiii). Même s’il n’est pas question ici de vouloir minimiser la vanité, voire l’hypocrisie de la politique états-unienne, surtout dans sa forme actuelle, nous aimerions diriger l’attention sur autre chose.

La France est un beau pays où les liens entre les milieux intellectuel et politique paraissent parfois plus étroits qu’ailleurs, d’où peut-être le fait qu’on peut observer beaucoup de politiciens s’associer à la perception des États-Unis mentionnée plus haut. Dans le cadre des négociations sur la constitution européenne par exemple, on présentait l’Europe comme le dernier bastion contre la mondialisation, surtout économique bien entendu, de type américain. Mais cette façon de raconter l’histoire de la mondialisation risque d’occulter le rôle très actif de l’Europe dans la détermination des « taux d’échanges » dans les échanges internationaux. Le marché commun de l’Union européenne est devenu, depuis le dernier élargissement de janvier 2007 et l’arrivée de la Roumanie et de la Bulgarie dans le « Club », une grosse affaire de presque 500 millions de citoyens et de consommateurs. L’intégration du marché commun en tant que tel a fait de l’Europe une région cruciale et un powerhouse du commerce transatlantique et de la mondialisation en général (cf. par exemple Neil Fligstein/Frédéric Mérand, „Globalization or europeanization ? Evidence on the European economy since 1980”, in : Acta sociologica 45 (2002), 7-22). L’Europe n’a donc aucunement regagné une espèce de deuxième (ou troisième, quatrième …) innocence après, d’abord, l’assujettissement du nouveau monde à l’ère des explorations, puis les atrocités de l’âge de la colonisation. Elle continue plutôt d’exercer une influence fort considérable dans le cadre des échanges et négociations internationales : parfois à l’ombre des États-Unis, parfois en les surpassant dans l’affirmation de ses intérêts.

Sur l’arrière-plan de ce diagnostic, les deux numéros suivants d’EUROSTUDIA. Revue transatlantique de recherche sur l’Europe se proposent d’analyser sous plusieurs angles différents aspects de l’européisation dans son rapport avec le développement international. Dans le cadre du présent numéro, un accent est mis sur les négociations du cycle de Doha. Ainsi les huit premières contributions sont issues d’un colloque qui avait lieu en mars 2007 à l’Université de la Colombie Britannique à Vancouver, organisé par Kurt Hübner dont l’article introduit dans la problématique. S’ajoutent trois articles qui se consacrent à des aspects variés de la dynamique économique et culturelle caractérisant l’intégration européenne. Le numéro suivant sera plus particulièrement consacré aux rapports Europe – Afrique.

Dietmar Köveker
(Directeur)