CCEAE/CCGES-Université de Montréal
--
ACCUEIL ENSEIGNEMENT RECHERCHE CONTACT CENTRE AT YORK UNIVERSITY
English Version (11 ko)

Diversité et civilité : La démocratie et la politique d’appartenances depuis les Lumières

Diversité et civilité : La démocratie et la politique d’appartenances depuis les Lumières

Afin de favoriser la cohérence de ses activités de recherche pluri- et interdisciplinaire, le Centre a identifié un thème rassembleur, soit "Diversité et civilité". Ce thème oriente les demandes de subvention et les grands événements de rayonnement du Centre. Il a également été retenu comme problématique pour un projet de création d’une école doctorale transatlantique en collaboration avec la Freie Universität Berlin.

La société civile moderne a sans cesse eu à gérer une tension fondamentale entre la force homogénéisatrice de la nation et la réalité du pluralisme, que celui-ci soit compris comme une fin en soi ou comme l’effet inévitable de la liberté individuelle. Avec en toile de fond cette ambivalence démocratique, notre projet de recherche se construit sur la question de la formation d’un sens du moi et de liens d’appartenance, ainsi que sur la rupture de ces liens ; nous cherchons aussi à déterminer comment les concepts de moeurs et de civilité, de confiance et de vertu civique, aident à soutenir — ou au contraire menacent — la “sociabilité insociable” des citoyens. Depuis leur toute première formulation, les rites et concepts de la citoyenneté démocratique ont reflété cette ambiguïté. D’une part, ils conduisent à un certain renoncement ou sacrifice des anciennes allégeances envers la famille ou la région, la religion ou les droits privés ; d’autre part, l’idée des droits civils permet et encourage l’expression d’une “individualité démocratique” qui donne naissance à une structure complexe de différences au sein de laquelle les tensions culturelles peuvent être négociées. En effet, le défi de toute constitution démocratique se trouve dans la capacité de ses citoyens de construire un espace public qui à la fois (re)produit un sens partagé d’appartenance et reconnaît un droit à la différence. Notre recherche participe et contribue ainsi aux récentes controverses au sujet des relations entre l’universel et le particulier. Nous voulons attirer l’attention sur l’intrication et l’indissociabilité de l’universel et du particulier, des “principes humains universels” et des “traditions héritées”. De telles réflexions sur l’entremêlement de ces concepts peuvent nous aider à interroger les définitions essentialistes et binaires du particulier et de l’universel. Ayant cela à l’esprit, les chercheurs en sciences humaines devront résister à la tentation de classifier de façon catégorique des idées et pratiques spécifiques comme étant soit universelles, soit particulières. Au lieu, il sera plus profitable de retracer le particulier dans les récits de l’universel et les vestiges de l’universel dans les idées du particulier.

Appartenant à des disciplines telles que la philosophie, l’histoire, la littérature, les études sur les médias, la sociologie, l’anthropologie et la science politique, les projets de recherche interdisciplinaires associés au programme “Diversité et civilité” examinent les processus passés et présents de construction de l’identité au sein de la diversité en Allemagne et en Europe. Historiquement, l’Allemagne, depuis les guerres de religion jusqu’à la fin de la guerre froide, s’est confrontée aux différences ethniques, politiques et idéologiques d’une manière qui a permis de démontrer la dynamique ambivalente et potentiellement meurtrière de la modernité. Aujourd’hui, au cœur même de l’Europe et de son projet de création d’un espace commun démocratique, où se côtoient de nombreuses divergences, l’Allemagne participe aux luttes culturelles et politiques sur la définition de civilité. Bien que ces questions soient pertinentes pour les modernités allemandes et européennes, notre projet de recherche s’attaque aussi à ce qui semble être un sentiment croissant d’incertitude face à la viabilité d’une démocratie libérale — non seulement en Europe, mais aussi au Québec, au Canada et ailleurs.

Responsable : Till van Rahden, titulaire de la Chaire de recherche en études allemandes et européennes
courriel : till.van.rahden [at] umontreal.ca